Séminaire de Namur

Lieu de formation pour les séminaristes en Belgique francophone

Le Guide des formations 2021-2022 est en ligne !

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Les séminaristes ont animé le jour 7 de la neuvaine au Saint-Esprit en la cathédrale Saint-Aubin de Namur

Regardez la vidéo youtube ICI

Texte du recteur du Séminaire, l'abbé Joël Spronck:

Homélie : « L’Esprit Saint enseigne et rappelle ».

Chers frères et sœurs,

  1. Nous venons de vénérer la Parole de Dieu, en nous inclinant profondément devant elle. Nous croyons que cette Parole n’est pas une Parole ordinaire, banale : c’est la Parole de Dieu, inspirée par l’Esprit Saint lui-même, l’Esprit de vérité ! Dieu est l’auteur de cette Parole, et il a choisi et inspiré des hommes – les hagiographes – qui ont mis par écrit ce qui était conforme à son dessein, à sa volonté de salut. C’est pourquoi S. Paul peut écrire à Timothée : « Toute Ecriture inspirée de Dieu est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice, afin que l’homme de Dieu se trouve accompli, équipé, pour toute œuvre bonne » (2 Tim 3,16-17 ; Dei Verbum 11).
  2. « Toute Ecriture est utile pour enseigner »… « L’Esprit Saint, le Défenseur, vous enseignera tout », avons-nous entendu (Jn 14,26). Enseigner, c’est aussi l’ordre ultime de Jésus avant de monter au ciel : « Allez de toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les, enseignez-leur tout ce que je vous ai prescrit… » (Mt 28,19-20). Nous savons combien l’enseignement est important dans la construction d’un être humain, dans la formation d’un enfant, d’un jeune… Et nous savons combien l’école n’est pas simplement un lieu de transmission de connaissances. Certes, on y transmet du savoir, mais aussi du savoir-faire et du savoir-être. Il s’agit d’une formation intégrale. De plus, on a jamais fini de se construire : comme adultes, nous avons encore à nous former, à nous laisser former. La formation est un chemin sans fin !
  3. Il en va de même dans la vie chrétienne : nous avons été initiés à la vie de Dieu par les sacrements d’initiation (baptême, confirmation, eucharistie), nous avons reçu une première formation souvent par nos parents et par nos catéchistes – et nous rendons grâce pour ceux/celles qui nous ont transmis la Révélation chrétienne et nous ont invité à l’accueillir dans la foi. Mais le Seigneur, qui a si bien commencé, continue à nous enseigner par sa Parole et par son Esprit de vérité ; il nous façonne jour après jour.
  4. Que nous enseigne-t-elle cette Parole ? Quelle vérité ? Quel type de connaissance ? Disons-le d’emblée : ce ne sont pas tellement des connaissances intellectuelles ou scientifiques. En effet, il ne faut pas tout mélanger. Déjà S. Augustin au 5e s. écrivait :

«  Jamais l’Evangile ne met sur les lèvres du Seigneur des paroles comme celles-ci : ‘Je vous envoie l’Esprit Saint pour vous enseigner la course de la lune et du soleil’. Jésus-Christ voulait faire des chrétiens et non des astronomes ! » (Contra Felicem Manichaeum, I, X ; PL 42,525).

Dans la même ligne, on connaît le mot célèbre du cardinal et savant César Baronius (16e s.) : « L’Esprit-Saint nous dit non pas comment va le ciel, mais comment aller au ciel ».

  1. Certes, force est de reconnaître que la science a fait d’énormes progrès au cours des dernières décennies : elle est capable de scruter l’infiniment grand, l’immensité de notre univers en expansion ; elle est capable de découvrir les mystères de l’infiniment petit, grâce au développement des nanotechnologies… Et nous ne pouvons que nous en émerveiller ! Mais l’Esprit nous ouvre encore à une autre dimension, une autre connaissance, plus profonde : celle des « mystères » de Dieu, celle des « mystère du Royaume des cieux ». Mystères, au sens non pas d’énigmes et de secrets indéchiffrables, mais de réalités qui nous dépassent, que nous ne pouvons pas connaître si elles ne nous sont pas données, révélées, et que nous n’aurons jamais fini de découvrir. On parle ainsi du « mystère de la Trinité », du « mystère de l’Incarnation », du « mystère de l’Eucharistie »… Seul l’Esprit peut nous enseigner ces réalités ! Au fond, il s’agit de la connaissance de Dieu lui-même et de son amour. C’est la « science des saints », la « science de la charité », que S. Paul a bien décrite dans la Lettre aux Éphésiens :

« Par l’Esprit, vous aurez la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… et de connaître l’amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez comblés jusqu’à recevoir toute la plénitude de Dieu » (3,18-19).

Et ajoutons que s’il est destiné à tous, cet enseignement est accueilli par les humbles : « Je te loue, Père – dit Jésus – ce qui est demeuré caché aux sages et aux intelligents, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11,25). Laissons-nous donc enseigner par l’Esprit…

  1. Mais l’Esprit ne fait pas que nous enseigner, il nous rappelle aussi tout ce que Jésus nous a dit. L’Esprit est ainsi « force de mémoire ». La pape François met souvent notre société en garde contre l’« amnésie » : une société qui oublie ses racines, qui perd sa mémoire ; une société tout entière engoncée dans l’instant, sans passé et sans avenir, sans mémoire et sans perspective. Aujourd’hui, la psychologie invite parfois à faire une démarche d’« anamnèse », c’est-à-dire à évoquer et à relire son passé, son histoire : tout le contraire de l’amnésie ! L’Esprit, précisément, est anamnétique : il nous rappelle sans cesse tout ce que Jésus a dit et fait. Mieux, il actualise l’action du Christ, notamment dans les sacrements : par l’épiclèse – l’invocation de l’Esprit lors de l’imposition des mains – l’Esprit manifeste la présence et l’œuvre bienfaisante du Christ pour nous aujourd’hui. C’est précisément le sens de l’anamnèse dans l’Eucharistie, après la consécration : « Nous rappelons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Nous rappelons… L’Esprit nous donne ainsi d’être contemporain du Christ, de son action salvifique, de son enseignement. L’Esprit nous donne d’approfondir jour après jour la Parole de Dieu, de mieux la comprendre, d’y découvrir de nouvelles lumières pour notre vie. Puissions-nous donc être des chrétiens non pas amnésiques mais « hypermnésiques » : il s’agit de connaître « par cœur », de mémoriser les paroles et les gestes de Celui qui nous aime tant. Un peu comme Marie, qui « retenait tous les événements dans son cœur », dans son cœur d’or…

Abbé Joël Spronck

 

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

INTERVIEW sur RCF

Trois émissions RCF Namur-Luxembourg de février 2021 sur la question de la vocation et du ministère de prêtre.

Sont interviewés notre recteur l'abbé Joël Spronck, le président du séminaire de Namur l'abbé François Barbieux
+ un témoignage de l'abbé Quentin Collin

Homélie mercredi 2e semaine carême

3 mars 2021

Séminaire de Namur

Jean-Pierre Delville, évêque de Liège

Chers Séminaristes,

Chers Frères et Sœurs,

Au cœur de notre carême, voici un évangile exigeant, qui nous montre deux logiques opposées : celle de Jésus et celle de la mère des fils de Zébédée, Jacques et Jean (Mt 20, 17 -28).

Jésus est concentré sur l’enjeu de sa mission : il prend la décision de monter à Jérusalem et d’affronter les autorités religieuses, au risque d’être condamné à mort. Pour annoncer cette décision grave à ses disciples, Jésus les prend à part en secret, pour leur faire une confidence, comme on peut le faire à des amis intimes. Il veut aussi les avertir pour qu’ils sachent ce qu’ils risquent à leur tour. Mais eux ne réagissent pas et ne compatissent pas aux préoccupations et aux décisions de Jésus. Au contraire, via leur mère, les fils de Zébédée demandent des privilèges honorifiques : leur préoccupation, c’est d’être assis à la droite et à la gauche de Jésus dans son royaume. Ils n’ont pas compris ce que Jésus leur annonçait. Ils sont pris par une logique très commune : l’auto-promotion. C’est la logique de ce monde : on essaie de se mettre en valeur, d’occuper une bonne place : on rédige un beau CV, on se fait pistonner, on met en valeur ses capacités.

Dans la démarche des fils de Zébédée et de leur mère, nous nous retrouvons tous, avec notre souci de nous-mêmes, de notre avenir, de notre situation. Comme séminaristes ou comme prêtres, nous nous demandons parfois quel sera notre avenir, quelle sera notre position dans la société ou dans l’Église. C’est normal. Mais si nous nous focalisons sur ces questions, nous nous replions sur nous-mêmes et nous oublions l’appel de Jésus et les demandes de nos frères. Le repli sur nous-mêmes risque de nous rendre sourds et aveugles face au drame de ceux qui souffrent. Or en Jésus angoissé et demandant du réconfort, nous pouvons voir tous ceux qui aujourd’hui encore, sont condamnés par l’injustice et la pauvreté.

Le risque pour nous est de réagir comme les disciples. Jésus le leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ». En effet quand on demande seulement pour soi, on est aveugle. Alors Jésus avec grande patience enseigne à ses disciples ce qu’ils doivent rechercher ; il reconnaît leur ambition, mais il l’oriente autrement. « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? Ils lui dirent : Nous le pouvons ». Jésus répond : « Ma coupe, vous la boirez ». Et il ajoute : « Qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; qui veut être grand parmi vous sera votre esclave ». C’est la voie opposée à celle du monde, à celle que d’instinct nous cherchons à prendre. Par sa vie, Jésus nous montre sa différence par rapport au style de vie du monde et aux instincts égocentriques que nous ressentons. Il n’est pas venu pour se faire servir mais pour servir et donner sa vie en rançon, c’est-à-dire en libération, pour la multitude. Pensons à tous ceux qui ont besoin de libération : à ceux qui souffrent de la crise sanitaire actuelle, à ceux qui souffrent de la guerre, en particulier au Yemen ou en Irak, où le pape François va se rendre en pèlerinage ; pensons à ceux qui souffrent de l’injustice et de la pollution de notre monde.

Comme séminaristes et futurs prêtres, vous êtes invités à vous engager sur cette voie du service, dont l’humanité a tellement besoin ! Notre célébration actualise aujourd’hui cette promesse de rédemption ! Qu’elle nourrisse notre foi, notre espérance et notre charité !

Amen !