La rentrée au Séminaire Notre-Dame de Namur vient d'avoir lieu comme dans toutes les universités voire les hautes écoles du pays. Une rentrée marquée d'une réflexion philosophique sur le prochain Jubilé de la Miséricorde mais aussi, lors de la messe présidée, en l'absence de Mgr Vancottem, par Mgr Pierre Warin, évêque auxiliaire de Namur, d'une invitation à la compassion.

Comme chaque année, la rentrée au séminaire de Namur se déroule en trois temps: la séance académique, une messe et un moment de convivialité pour faire connaissance avec les nouveaux ou encore renouer les liens après les vacances. La séance académique a été ouverte par le chanoine Joël Rochette, recteur de ce séminaire. Un exercice auquel il se livrait pour la quinzième fois. Avec humour, le recteur a fait remarquer que le séminaire de Namur n'est pas, lui, visé par les mesures du ministre Marcourt ''même si nous avons aussi mission de former des médecins des âmes.'' Et d'ajouter: ''Le séminaire n'est pas touché par l'examen en fin de première année de baccalauréat de médecine. Une manière de réduire le nombre de candidats à un numéro INAMI.'' Et le recteur de poursuivre en soulignant que le séminaire n'est pas plus concerné par les décisions de la ministre Milquet: ''Tous les séminaristes ont pu obtenir une place dans l'école de leur choix, et aucun n'a demandé à être dispensé des cours de religion catholique.'' Et d'ajouter: ''Il est impensable qu'il y ait des cours de rien au séminaire.''

Plus sérieusement, le chanoine Rochette parlera de la vie dans un séminaire, dans un studium comme d'une vie où la Parole occupe une grande place: ''Parole humaine et divine dans la réflexion théologique. Parole libre aussi! Parole reçue mais parole donnée, en toute liberté. Parole de liberté!'' Une maison où l'on se forme pour devenir des pasteurs pour les hommes d'aujourd'hui. ''Pasteurs, à la manière du bon berger, qui marche avec le troupeau, qui l'accompagne dans ses chemins parfois tortueux et dangereux. Une année au séminaire, n'est-ce pas finalement expérimenter soi-même, puis en témoigner dans la mission, ces deux dimensions de la liberté humaine dans la rencontre avec la Parole vivante?''

Cette séance académique est aussi l'occasion d'écouter une leçon inaugurale. Cette année, c'est Mme Renée Toussaint, professeur de philosophie qui s'est lancée dans l'exercice. Mme Toussaint a choisi d'axer cette leçon sur le Jubilé de la Miséricorde ou plutôt de la miséricorde passée sous le regard des philosophes. Des regards on ne peut plus différents. Homère n'est pas Kant! Et comme les philosophes se doivent aussi de connaître les Evangiles, Mme Toussaint a emmené l'auditoire dans une dimension plus théologique. En soulignant: ''Avec la miséricorde, nous plongeons au cœur même du christianisme.'' ''Deux grandes tentations nous guettent cependant, dira-t-elle en conclusion. Relativiser l’absolu de la miséricorde et oublier ce qu’elle est en vérité en l’identifiant à une espèce d’indulgence, ou à une sorte d’exception à la règle, la règle étant la justice. Ou bien faire de l’indulgence la règle, en oubliant la justice.
On opposerait alors à nouveau miséricorde et justice, et l’on oublierait que la miséricorde est la justice d’amour de Dieu. Ce qui implique la justice. Mais une justice qui, parce qu’elle est miséricordieuse, nous élève, nous emporte, emporte notre justice humaine à hauteur du cœur de Dieu.''

Christine Bolinne