article publié sur Cathobel

«Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé »

29 octobre 2019 par Geert De Kerpel

Lors de l’ordination diaconale en vue du sacerdoce d’Alexandre Wallemacq, ce dimanche 27 octobre à Jodoigne, le cardinal Jozef De Kesel a souligné dans son homélie que le Christ n’est pas venu pour être servi mais pour servir et pour donner sa vie. Et c’est pour être signe de cet amour que le diacre est ordonné.

« Chers amis, l’évangile nous dit que Dieu nous aime. Nos oreilles chrétiennes sont habituées à l’entendre. Mais c’est loin d’être évident. Dieu est Dieu et il n’a pas besoin de nous pour être ce qu’il est. Et pourtant il nous cherche et veut entrer en contact avec nous. Nous sommes connus et aimés de Lui. Il a même pris notre condition d’homme. Il est devenu un des nôtres. Nous ne savons pas pourquoi. Et pourtant c’est la vérité que l’évangile annonce. Cet Evangile que saint Paul a proclamé avec tant d’énergie et de ferveur et dont il nous parle aujourd’hui dans sa lettre à Timothée.

Nous sommes connus et aimés de Dieu mais nous ne savons pas pourquoi. Il n’y a aucune raison. Cet amour, personne ne l’a mérité. Tout amour est gratuit. Mais on ne peut pas rester indifférent : l’amour engage. Car Dieu, à son tour, ne cherche qu’une chose : c’est d’être connu et aimé de nous. Si on aime quelqu’un, on ne cherche plus son propre intérêt. On est soucieux de l’autre. Si Dieu veut partager sa vie avec nous, c’est pour que nous partagions notre vie avec Lui. S’il est devenu semblable à nous, c’est pour que nous soyons semblables à Lui. Pour penser comme lui, sentir comme lui et agir comme lui. Ses commandements ne sont pas tant des prescriptions ou des interdits. Ce sont des exigences de l’alliance. Ils ne trouvent leur sens que dans cette alliance et dans l’amitié avec Dieu.

C’est ce que le pharisien dans la parabole de l’évangile ne comprend pas. Ce que Jésus lui reproche, ce n’est pas qu’il accomplit la Loi de Dieu. Ce qu’il lui reproche, c’est qu’il ne le fait pas par amour. Il ne cherche que son propre intérêt. Au lieu d’être dans la joie et dans l’action de grâce parce qu’il est connu et aimé de Dieu, il se glorifie lui-même. Il rend grâce non pas parce que Dieu l’accueille tel qu’il est, aussi dans sa pauvreté et sa fragilité. Non. Il rend grâce parce qu’il n’est pas comme les autres ! Que lui et lui seul mérite cet amour. Il se sent supérieur. C’est ce sentiment de supériorité qui le sépare radicalement de Dieu.

C’est vrai : le pharisien accomplit les commandements de Dieu. Mais il ne sait pas ce qu’est l’amour. Il ne connaît donc pas Dieu, car Dieu est amour. « Celui qui n’aime pas, ne connaît pas Dieu », dit saint Jean dans sa Première Lettre. Le seul qui se sait aimé de Dieu et qui connait Dieu, c’est ce publicain, lui qui est pécheur et qui se sait pécheur. Il n’a aucune raison de mépriser l’autre, aucune raison pour se sentir supérieur. Oui : pécheur, mais humble de cœur. C’est l’orgueil qui nous sépare non seulement de notre prochain mais aussi de Dieu. Et la pire forme d’orgueil, c’est l’orgueil religieux : prétendre que même aux yeux de Dieu je ne suis pas comme les autres. C’est cette mentalité qui pour Jésus était intolérable. Ce n’est que pour ces personnes qu’il a été si dur. « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ». Ce n’est qu’avec un cœur humble et pauvre que je découvre l’amour de Dieu et que je deviens un disciple du Christ.

Cher Alexandre, dans quelques instants tu seras ordonné diacre. Diacre, cela veut dire serviteur. Serviteur du Christ. Si tu t’es présenté un jour au séminaire et si c’est aujourd’hui ton désir d’être ordonné, c’est par amour du Christ. Tu lui appartiens déjà par le baptême. Tu es déjà marqué du sceau de l’Esprit. Par le sacrement de l’ordre tu lui appartiendras de façon particulière. Tu seras signe et sacrement du Christ au milieu de son peuple et de son Eglise. Par l’engagement du célibat tu lui seras consacré pour toute ta vie. Tu t’es présenté toi-même. Mais c’est Lui qui t’appelle. C’est petit à petit que tu as entendu son appel et as découvert ta vocation. Et après discernement l’Eglise t’accueille. Tu te sais connu et aimé du Christ. Cette amitié est devenue ta joie et ton bonheur pour toujours.

Tu seras serviteur du Christ. Mais tu seras aussi un serviteur comme Lui. Tu le sais : Il n’est pas venu pour être servi mais pour servir et pour donner sa vie. C’est pour être signe de cet amour que tu seras ordonné diacre par l’imposition de mes mains et par l’invocation de l’Esprit. Au nom de l’évangile de ce dimanche je te demande : éloigne toujours de toi tout esprit d’orgueil et tout mépris de l’autre. Et toute mentalité cléricale. L’ordination ne t’institue pas supérieur aux autres. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » dit le Seigneur. Ne t’élève pas, car tu seras abaissé. C’est par l’humilité et par un comportement d’humanité que tu seras, comme le Christ, non seulement le serviteur mais l’ami des hommes. Tout comme c’est la vocation de toute l’Eglise qui n’est pas là pour dominer ni pour s’imposer mais pour témoigner de Celui qui est doux et humble de cœur et qui n’est pas venu pour juger mais pour sauver. N’aie pas peur. Avec les paroles de saint Paul aujourd’hui : le Seigneur va te remplir de force pour que, par toi, la proclamation de l’évangile s’accomplisse. Et je répète les paroles de la belle prière d’ouverture de cette liturgie : que le Seigneur t’accorde d’agir toujours selon l’esprit de l’évangile, d’être plein de douceur dans ton service et fidèle à prier Dieu sans cesse. »

+Cardinal Jozef De Kesel

Archevêque de Malines-Bruxelles

   

 

  Lire le parcours d'Alexandre vers la vocation